NOT CLOSE ENOUGH
Avec : Karl E. Landler, Cédric Camus, Leslie Coutterand, Nicolas Martin-Beuchet, Thibaut Gonzalez
Production : Creation Kit
Stéphane est un photographe de guerre. Couvrant un conflit encore peu connu de l’opinion public, il va faire la rencontre de Gia, un ancien professeur prit dans la tourmente de la guerre civile. Ensemble, ils vont prendre conscience de l’importance et des limites du rôle de la photo de guerre.
21′ – HD – Â Juin 2012
Scénario : Vinciane Mokry & Chris Schepard
INTERVIEW DE CHRIS SCHEPARD
Quel a été ton parcours ?
J’ai eu la chance de commencer avec l’équipe Cousteau, qui m’a appris le montage, mais très rapidement j’ai préféré me tourner vers la réalisation, je me suis donc inscrit à la fac de cinéma de la Sorbonne (Paris 1), qui est passionnante en terme de théorie, mais en terme de pratique, ne sert strictement à rien. Donc j’ai monté une association avec cinq autres amis, Veni Vidi Filmi, et on a commencé à faire des courts métrages. Chacun était réalisateur de son film et tournait de poste en poste : sur un film tu pouvais être ingénieur du son, sur l’autre monteur, etc. L’idée c’était de toucher à tout.
On a créé l’un des 1ers festivals permanents en ligne. Aujourd’hui tout cela serait bien plus simple avec Youtube, mais c’était une autre époque !
Un jour on m’a proposé de tourner un institutionnel et de fil en aiguille, je suis arrivé à la pub. Grâce à cela, j’ai pu financer d’autres courts métrages.
Combien de courts as-tu réalisé avant Not Close Enough ?
J’ai dû en faire 7-8, dans des formats très courts. Mon tout 1er s’appelait Ektachrome, et avait la même idée de base que Not Close Enough mais durait 2 minutes.
Not Close Enough est mon 1er film au-delà de 5 minutes.
J’ai également fini un autre court métrage, quasiment en même temps, qui s’appelle La mort ne raconte pas d’histoire, qui lui fait 25 minutes.
Comment a démarré le projet Not Close Enough ?
Pour mon tout 1er court, j’avais une idée assez simple en soi : le cinéma est le seul outil qui nous permet de jouer autant avec le temps : on peut faire des ralentis, des flash-back… J’avais envie de travailler cela. L’idée m’est venue de transformer 2 secondes de la vie de quelqu’un en l’étalant sur 2 minutes de film. Je me suis mis à réfléchir à une situation de départ, un instant très court pendant lequel il faut prendre une décision, et j’ai pensé à la photo de guerre.
La question était : un mec va tuer quelqu’un sous mes yeux pour une photo, qu’est-ce que je fais ? Est-ce que je prends la photo ou pas ? J’ai souhaité développer cette situation, savoir comment on en est arrivé là . Est-ce qu’on a le droit de prendre n’importe quelle photo ? A quel prix ? Et est-ce que cela sert à quelque chose ?
Dans le générique de fin, pourquoi cites-tu la photo de Frank Fournier « Omayra Sanchez » ?
Dans le film, le photographe sort des photos de son sac, qu’il garde toujours avec lui. Ce sont les 3-4 photos qui lui ont donné envie de faire ce métier, parmi elles se trouve la photo de Fournier. C’est une des photos de reportage les plus connues au monde, elle a été très critiquée.
Une petite fille s’est fait prendre dans une coulée de boue, suite à une inondation en Colombie. Elle s’est retrouvée bloquée, personne ne pouvait aller l’aider, sans risquer de se faire prendre au piège.
Le photographe a décidé de prendre une photo de cette petite fille, mais les secours sont arrivés trop tard, et elle est décédée au bout de trois jours. Les inondations avaient déjà eu lieu depuis quelques jours et rien n’avait été fait en terme de secours, cette photo a permis de montrer les disfonctionnements des autorités Colombiennes, de montrer au public ce qu’il ne voyait pas. C’est une photo qui a fait le tour du monde.
Il y a d’autres photos dans le film que je n’ai pas citées, celle de Kevin Carter, sur laquelle on voit une petite africaine affamée, squelettique, et derrière elle se tient un vautour. Le photographe a reçu un prix Pulitzer pour cette photo. Mais il s’est rendu compte par la suite que, plutôt que de prendre la photo, il aurait pu donner quelque chose à manger à cette petite fille. Il s’est rendu compte qu’il n’avait pas eu la réaction qu’il aurait aimé avoir, et il s’est suicidé. C’est une question qui m’a toujours perturbée : jusqu’où peut-on aller ?
Récemment, à New-York, un type a poussé quelqu’un sur les rails du métro, un photographe présent sur place explique qu’il a utilisé son appareil pour déclencher le flash et prévenir le conducteur qui arrivait en face, mais ça n’a pas fonctionné, le métro a écrasé la personne et le New York Times a publié la photo à sa « Une ». Avoir une photo c’est une chose, la publier aux yeux de tout le monde, c’en est une autre.


Laisser un commentaire