D’où vient le titre Not Close Enough ?
C’est une référence à  Robert Capa, l’un des plus grands photographes de guerre, que le héros cite dans le film : « Si une photo n’est pas réussie, c’est qu’on n’est pas assez proche de son sujet », tant physiquement qu’humainement.
As-tu déjà participé à un reportage de guerre ?
Non, ça me fait très peur. Pas de me retrouver dans des situations dangereuses, mais de devoir décider de prendre ou non une photo, parce que je ne sais absolument pas ce que je ferais. Je suis convaincu qu’une photo peut aider l’opinion publique à prendre conscience de ce qui se passe dans le monde et donc à envoyer de l’aide, mais je serais incapable de rester de marbre devant ce type de situation, je serais un piètre photographe de guerre.
As-tu déjà parlé à des photographes ou reporters de guerre ?
Je connais un JRI (Journaliste reporter d’images) qui est parti au Kosovo, j’ai beaucoup parlé avec lui. Il ne sait jamais à l’avance si sa photo aura un véritable impact, si elle sera réussie, parce qu’il n’est pas évident de cadrer au milieu des balles, ni de prévoir ce qui va se passer.
Comment a démarré l’écriture de ton court métrage ?
J’ai écris un 1er jet avec toute la trame, les personnages. Ensuite, Franck Isabel le producteur, m’a présenté une scénariste, Vinciane Mokry, qui fait partie de Collectif Prod. Je ne me considère pas comme scénariste, j’aime travailler avec d’autres gens, confronter les idées. On a donc affiné le scénario, ajouté, enlevé des scènes. Il n’y avait pas le budget nécessaire pour un moyen métrage. On était forcé de respecter une certaine durée, donc un nombre de pages. On ne voulait pas tourner trop longtemps, et c’est l’erreur principale du film, je pense, parce qu’il manque une ou deux scènes. On aurait pu aller plus loin dans l’écriture mais on savait qu’on ne pouvait pas faire autrement.
Comment se sont déroulés les repérages ?
La grande partie du tournage se passe sur la petite ceinture, c’était un chemin de fer qui faisait tout le tour de Paris avant d’être abandonné pour être remplacé par les bus PC. Le camp principal est situé dans une gare désaffectée de la SERNAM à Porte de la Chapelle. Il se trouve que ces deux lieux sont interdits d’accès. On s’y rend facilement mais y tourner est très compliqué, parce que tu risques à tout moment de te faire virer par la police. On a eu de la chance dans la gare, par contre la scène de fin devait se tourner sur la petite ceinture et des agents de la RATP nous ont gentiment dit « soit vous partez, soit on vous met en garde à vue ». On a donc annulé cette journée de tournage et cherché un autre décor à Bagneux, pour lequel nous avons obtenu une autorisation.
Ton film a été tourné en région parisienne, pourquoi avoir choisi de raconter cette histoire dans un Kosovo imaginaire ?
J’ai souhaité que le pays ne soit jamais nommé, et non identifiable, pour la simple raison que le sujet est international et intemporel, cela aurait pu se passer dans n’importe quelle guerre, dans n’importe quel pays, à n’importe quelle période.
L’une des guerres les plus proches pour notre génération est celle de l’ex-Yougoslavie, c’est pourquoi nous avons décidé avec Vinciane d’inventer une langue d’inspiration slave. Les vêtements font penser aux pays de l’est. C’est aussi pour ça que j’ai choisi le décor de la petite ceinture, je ne pouvais pas tourner dans les Balkans !
Avez-vous été tentés au moment de l’écriture de n’utiliser que le français et de situer l’action dans un Paris futuriste ?
J’ai envisagé la possibilité de faire un film d’anticipation, dans un Paris du futur, sur fond de guerre civile, mais j’avais peur que cela perde un peu plus le spectateur, qui commencerait à se demander où ça se passe. Tout le monde sait que ça se passe en ex-Yougoslavie, mais sans savoir où, ni quand, et on s’en fout.
Comment as-tu réuni ton casting ?
J’ai beaucoup tourné avec Cédric Camus, qui joue le rôle de Gia, le professeur.
Je lui ai au départ proposé le rôle du photographe. Après avoir lu le scénario il me dit « pas de problème, mais je préférerais jouer Gia ». Or, je voulais que le professeur ait la cinquantaine, que ce soit un homme expérimenté, et au contraire, que le photographe soit novice, donc je lui dis non.
Je propose le rôle du professseur à un acteur qui doit finalement abandonner le projet. Entretemps Cédric s’était fait pousser la barbe, pour me prouver qu’il pouvait faire plus âgé. On a pris un café ensemble et il a incarné Gia devant moi, je ne l’avais jamais vu ainsi, il m’a convaincu.
J’ai casté Karl E. Landler pour le rôle du photographe, et leur duo fonctionne bien.
Leslie Coutterand est une comédienne avec qui j’avais travaillé sur des pubs, elle avait fait une série jeunesse sur France 2 qui s’appelait Déjà Vu. On se sert souvent d’elle comme d’une « jolie fille », mais j’ai eu envie de travailler avec elle en la salissant un peu. Elle a décroché un rôle récurrent au moment du tournage sur Julie Lescaut, ce qui n’était pas évident à gérer, mais elle s’en est bien sortie.
Thibaut Gonzalez a fait beaucoup de comédies, j’avais envie de tester autre chose avec lui. Quant à Nicolas Martin-Beuchet, lorsque je l’ai rencontré en tant que chef électro, il prenait des cours de théâtre, c’est son 1er court métrage en tant qu’acteur.
J’avais également besoin de figurants et Franck Isabel, le producteur, aime faire des apparitions, il en avait fait une remarquée dans Gilles Corporation. Il était partant et ça m’amusait aussi !

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