Il n’y a que des scènes de jour, tu ne voulais pas tourner de nuit ?
J’aurais aimé tourner la 1ère scène de dialogue autour du feu de nuit, mais tourner de soir, en extérieur, cela implique avoir beaucoup de matériel, et on s’est vite rendu compte que ça n’était pas possible. A la base c’était supposé être de nuit, mais il faut faire des compromis quand on n’a pas de budget.
Quelle caméra avez-vous utilisé ?
On a tourné avec un 5D.
J’étais en train de travailler sur un autre court métrage, le financement du CNC nous a été refusé parce que le film était trop ambitieux, j’ai donc commencé à écrire un film qui coûterait moins cher : Not Close Enough. Pour tourner avec un petit budget, le 5D s’est imposé. Mais je n’avais pas envie de faire le même film que tout le monde avec cet appareil, j’avais envie de le travailler différemment. Comme c’est la caméra cinéma du « pauvre », tout le monde essaie de faire des images très cinématographiques. J’ai voulu faire l’inverse, prendre des images « sales », que j’ai travaillé pour les détériorer et retrouver un côté reportage. J’ai écrit avec le 5D en tête, mais l’ai utilisé autrement de ce qu’on a l’habitude de voir. Mon plus grand bonheur sur ce film – techniquement parlant – est quand on me demande s’il a été tourné avec telle ou telle caméra. Eh non, il a été tourné au 5D !
Comment as-tu rassemblé le reste de ton équipe ?
Justinien Schricke, est l’un de mes assistants réalisateurs fétiches, c’est un ancien de mon association, il sait tout faire. Je voulais une équipe réduite pour être rapide sur le terrain. Il m’a aidé sur tout, le costume, le décor… A la musique c’est François Rousselot, un compositeur avec qui je travaille depuis plusieurs films maintenant, c’est la première fois que je travaille avec lui sur ce type de musique. En général on travaille sur des musiques de type orchestrales, c’est la première fois que l’on faisait une musique avec autant d’électronique.
Vu que le lieu était très difficile d’accès, as-tu fait des répétitions avec des acteurs, pour travailler ce « gromolo » slave ?
On a fait des lectures pour travailler la langue imaginaire et les accents : les personnages slaves parlent anglais avec l’accent slave, le photographe parle anglais avec un accent français et les slaves parlent cette langue imaginaire. Leslie travaillait déjà avec un coach pour perdre son accent français en anglais, Cédric a vécu un petit peu en Roumanie, donc il connaissait déjà l’accent slave en anglais. On a travaillé les intonations, mais c’est tout. Travailler en répétition c’est important pour construire les personnages, mais je préfère parler de leur psychologie, plutôt que de faire une répétition qui de toute façon ne sera jamais la même chose une fois sur le décor.
Au niveau de l’écriture, tout devait tenir sur 20 minutes, quelles sont les scènes supplémentaires que tu aurais aimé tourner ?
Il y a une scène que j’ai enlevée, avant que Vinciane n’arrive sur le projet. Après la découverte du cadavre de son mari, pendant qu’ils creusent la tombe, il y avait une conversation entre la captive et le professeur, qui rendait leur relation un peu plus concrète et humaine. Il me manque cette scène qui explique pourquoi elle finit par se lever et enlacer son tortionnaire. Mais cela nécessitait une journée de tournage en plus, que nous n’avions pas. Cette scène était nécessaire pour aller plus loin mais ce n’était pas le sujet en soit. C’est dommage parce que je trouve que cela manque.
Avais-tu des références précises pour réaliser ce film ?
En terme d’images, je n’avais pas de référence à proprement parlé, je savais ce que je voulais : un côté un peu détérioré, des blancs un peu éclatés. J’avais deux films « référence » quand j’ai écrit le scénario et qui ont guidé tout le reste.
Le 1er c’est War Photographer, un documentaire sur l’un des plus grands photographes de guerre encore en vie, James Nachtwey. Une caméra est embarquée sur son appareil photo lorsqu’il est en action et tu vois comment il cadre, pourquoi… C’est un documentaire passionnant, toutes les questions qu’il se pose dans son film, je me les pose également.
Le second film est une fiction inspirée d’une histoire réelle : The Bang Bang Club, c’est le nom et l’histoire d’un “groupe » de photographes de guerre réunissant Kevin Carter, Greg Marinovich, Ken Oosterbroek et João Silva.
Qui a pris le cliché qui conclut le film ?
Claude Pocobene nous a suivi sur ce projet, d’abord en tant que photographe de plateau.
J’avais demandé à une autre photographe de prendre toutes les photos que le héros aurait prises, dont la photo de fin, mais cette personne n’a pas pu rester sur le tournage et Claude l’a remplacée.
Pour la séquence de fin, on a rejoué la scène uniquement pour que Claude puisse prendre les photos que le héros aurait prises à ce moment-là . Je voulais que ce soit un vrai photographe qui prenne cette photo finale, avec un regard différend de celui de la caméra. Le générique est également rempli des photos qu’il a prises.
As-tu d’autres projets de courts métrages ?
Non, pas d’autres projets de courts, le but de mes 2 derniers était de prouver que j’étais capable de passer au long. Je ne suis pas un très grand fan de courts, soit c’est très conceptuel, court et rapide, mais les thèmes peu intéressants, soit j’ai la sensation que c’est un embryon de long métrage. Quand tu veux traiter d’un sujet intelligent dans un format court, on va toujours te reprocher de ne pas être allé assez loin. La fin de mon film va un peu vite, j’aurais pu rajouter 30 minutes… Donc j’ai toujours cette sensation d’embryon de long.
Penses-tu adapter ce film en long métrage ?
J’ai terminé un autre court en même temps, qui s’appelle La Mort ne raconte pas d’histoire, qui est un film plus classique, plus proche de mon univers qui joue entre le réel et l’imaginaire. C’est un sujet que j’ai voulu développer en long, qui a été co-écrit avec Florian Quittard, et sur lequel Vinciane va sûrement mettre sa pâte aussi.
C’est l’histoire d’un père qui a un enfant mourant et qui, plutôt que de rester à ses côtés, décide de se voiler la face. Je me demande si c’est le bon projet pour se lancer dans le long métrage, parce qu’il vaudrait au moins 4 millions d’euros, ce qui, pour un premier film, est très couteux. Je me demande si ce n’est pas Not Close Enough, que je devrais pousser un peu plus loin.
Propos recueillis par Marion Buannic

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